Le Morvan, jadis cœur du territoire des Éduens (Aedui), fut l’une des zones de contact les plus précoces avec Rome en Gaule intérieure. Les auteurs anciens, de César à Strabon, décrivent déjà une région où s’étagent forts celtes (oppida), villages ruraux, sanctuaires. La capture de Bibracte — l’actuelle Mont Beuvray — en 52 av. J.-C. par les troupes romaines, puis l’abandon du site au profit d’Augustodunum (Autun), marque un tournant.
En quittant les grands oppida, la population se disperse : on retrouve désormais trois types principaux d’habitat rural
L’espace rural gallo-romain du Morvan apparaît ainsi comme « maillé » : on suppose une distance de 3 à 8 km entre chaque villa, chaque hameau-cluster de fermes (voir études de R. Delor-Ahü – INRAP).
Le cœur de l’économie reste agricole, même à l’époque romaine. On retrouve les traces de cultures céréalières (blé, épeautre, orge), de vergers, de vignes (tout le flanc est du Morvan était planté). L’élevage, déjà essentiel chez les Celtes, demeure : bovins, porcs, ovins pour la laine et la viande.
L’alimentation combine influences. Aux mets celtes (cervoise, bouillie d’épeautre, gibier local) s’ajoutent le vin italien, les amphores d’huile ou de garum : la table s’ouvre sur le monde grâce aux circuits gallo-romains (sources : Museum de Saint-Germain-en-Laye, Bibracte).
Le Morvan, réputé pour son fer et son bois, n’était pas isolé.
Les voies romaines restent le réseau vital : la fameuse voie d’Agrippa relie Autun, Nevers, Decize, facilitant échanges et circulation. Des bornes miliaires, parfois retrouvées sous les murs d’églises ou dans les haies, rappellent cette unité du territoire.
Sur le plan religieux, la romanisation ne chasse pas les anciennes croyances : elle les absorbe. Les inscriptions — fragments d’autels, stèles votives retrouvées à Entrains-sur-Nohain, Corbigny — révèlent la persistance de cultes indigènes : déesses-mères, Mercure associé à Lug, sources sacrées, arbres honorés.
À quoi ressemblait une journée ordinaire sous l’empire romain ? Les témoignages matériels parlent :
Les objets du quotidien, retrouvés lors de prospections, révèlent des pratiques communes : petits autels domestiques, restes d’épingles pour chignons ou d’aiguilles, dés de jeu en os. Les enfants participent tôt aux travaux : collecte du bois, surveillance des troupeaux, appeaux retrouvés près de Saint-Léger.
Il demeure dans les paysages du Nivernais Morvan une épaisseur de temps : des haies parsemées de pierres anciennes, des routes rectilignes sur des kilomètres, ces talus ancrés dans les pâtures. Certains noms de lieux, de rivières gardent trace des propriétaires, des dieux ou des fonctions antiques — la rivière Beuvron (dieu des sources), Fontaines-lès-Chissey, Oulon (dérivé du gallo-romain ulonum : la prairie).
Au détour d’une motte, d’un lavoir, d’un vieux chêne, la mémoire gallo-romaine affleure encore. Et l’on comprend, en arpentant les sentiers, que cette époque n’a pas tant disparu qu’elle s’est patiemment fondue dans la longue histoire rurale du Morvan.
Les sentiers gallo-romains du Nivernais Morvan demeurent, non comme des vestiges figés, mais comme le socle vivant de nos campagnes. La trame des champs, les chemins creux et les mémoires paysannes y dessinent encore la silhouette effacée de ce monde disparu qui fut la matrice de notre quotidien rural.
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