Pays Nivernais Morvan : terres gallo-romaines révélées par l’archéologie

À la croisée des voies antiques et des forêts profondes, le Pays Nivernais Morvan recèle de nombreux vestiges gallo-romains révélant la richesse du passé local. Les découvertes majeures – villas, thermes, sanctuaires ruraux ou trésors monétaires – permettent d’appréhender l'intégration progressive de ce territoire à la romanité, mais aussi la persistance de traditions locales. Voici des éléments essentiels pour comprendre l'ampleur et la singularité de cet héritage :
  • Réseau dense de voies romaines structurant le pays et marquant encore certains paysages.
  • Villas et exploitations agricoles, témoins d’une ruralité prospère et romanisée.
  • Vestiges de sanctuaires, thermes et édifices publics à Nevers, Autun et d’autres sites moins connus.
  • Traces de syncrétisme religieux entre croyances gauloises et apports romains.
  • Données archéologiques récentes qui renouvellent la connaissance du territoire gallo-romain.
  • Anecdotes et découvertes marquantes issues de fouilles locales ou de trouvailles fortuites.
Les vestiges gallo-romains du Nivernais Morvan dessinent une trame où se mêlent influences romaines et originalité locale, faisant de ce territoire un laboratoire du dialogue entre cultures dès l’Antiquité.

Des voies romaines aux villages d’aujourd’hui : une trame persistante

Que l’on consulte la Carte de Peutinger – cet étonnant parchemin du Moyen Âge retraçant le réseau routier impérial – ou les relevés archéologiques modernes, une évidence s’impose : le Nivernais et le Morvan furent traversés, irrigués par un réseau de voies stratégiques.

  • La route d’Autun (Augustodunum, grande cité romaine en lisière du Morvan) à Nevers (Nemasus/Noviodunum) suivait une ligne aujourd'hui encore perceptible, tantôt ruelle villageoise, tantôt chemin forestier perdu.
  • D’autres axes reliaient les vallées de la Loire, stratégiques pour le commerce, à l’intérieur du massif.

Certaines portions sont reconnaissables par leur tracé rectiligne, leurs murgers (amas de pierres jetées sur les côtés) ou les toponymes : “La Chaussée”, “Les Romains”, “Vieille Route”. La cloche de l’église de Dommartin-sur-Yonne utilise un joug taillé… dans le socle d’une borne milliaire ! Un détail – mais symptomatique de la longue réutilisation des vestiges.

Villas et fermes gallo-romaines : la campagne en mutation

Le Morvan n’a pas livré de grande ville gallo-romaine. Pourtant, les traces rurales abondent. L’archéologie aérienne, développée à partir des années 1970 (notamment par Roger Agache puis la DRAC Bourgogne-Franche-Comté), a repéré sur le pourtour du morvandiau les vestiges alignés de villas et établissements ruraux, parfois luxueux, souvent plus modestes mais remarquablement organisés.

  • À Champallement, sur la colline, des fouilles menées depuis le XIXe siècle (notamment par l’abbé Baudiau) ont permis de reconnaitre un édifice central, des dépendances en hémicycle, un mobilier riche en céramiques sigillées et monnaies.
  • Au Mont-Beuvray, des bâtiments insérés dans la ville gauloise de Bibracte témoignent d’une continuité et d’une adaptation rapide à la romanité.
  • Près de Decize, des thermes privés et bassins ornementaux signalent l’attrait du confort “à la romaine”, jusque dans les campagnes profondes.

La villa, loin de n’être qu’une simple exploitation, était souvent un centre administratif, social et religieux, cumulant fonctions économiques et résidences. Les cours à portiques, bassins, mosaïques et petits sanctuaires domestiques y introduisent un art de vivre nouveau – tout en adaptant techniques et matériaux locaux.

Sanctuaires, thermes et lieux publics : entre romanité et traditions locales

Au-delà de la villa, plusieurs sites majeurs révèlent la cohabitation – sinon la fusion – des cultes gaulois et des dieux venus de Rome :

  • Le sanctuaire de Sources de l’Yonne : découvert au XIXe s., fouillé notamment par Joseph Déchelette, il atteste du culte aux divinités locales, “dieux des eaux”, associées, dans l’Empire, à des figures comme Apollon ou Mercure. On y retrouve des ex-voto, monnaies, fragments d’autel.
  • Bibracte et la transition : Le passage de l’oppidum gaulois de Bibracte à un modèle urbain romano-celtique, documenté par les fouilles du Centre Européen Archéologique, livre des témoignages : temples “de style celtique” transformés en sanctuaires “romains”, inscriptions bilingues, dépôts rituels associant habits gaulois et objets romains (Source : Bibracte).
  • Le site de Nevers : La nécropole du Haut-de-Pierre et plusieurs thermes publics redisent une urbanisation “à la romaine”, mais dans une cité qui reste conscience de son identité celtique jusque tardivement.

Ici, la romanisation n’efface pas : elle réorganise, hiérarchise, superpose. Des cultes gaulois persistants (la déesse Sequana pour les eaux, ou Bélénos, parfois associé à Apollon) ressurgissent au cœur des rituels impériaux – syncrétisme caractéristique de toute la romanisation du territoire.

Données archéologiques, trouvailles et anecdotes

Si la science avance, c’est souvent aussi grâce à la chance… ou à la ténacité d’un paysan, d’un instituteur à la retraite, ou d’un érudit local, parfois moqué, souvent pionnier. L’histoire gallo-romaine du Nivernais Morvan regorge d’anecdotes où la curiosité populaire rejoint la recherche institutionnelle.

  • En 1848, à Dun-sur-Grandry, un berger découvre par hasard une cache de plus de 800 monnaies romaines datant des IIIe et IVe siècles, aujourd’hui majoritairement au Musée de Clamecy (Gallica BNF).
  • En 1996, lors de travaux agricoles à Challement, ce sont les vestiges d’un atelier de bronze (scramasaxes, fibules, plaques décoratives) qui surgissent, inspirant une petite exposition locale.
  • Quant aux thermes de Nevers, célèbres pour leurs mosaïques polychromes et leurs systèmes d’hypocauste (chauffage par le sol), ils furent en partie redécouverts par des enfants jouant dans les caves du vieux quartier Saint-Aré.

Chaque trouvaille, parfois jugée mineure ou anecdotique sur le moment, éclaire un pan entier du quotidien gallo-romain, réoriente parfois la recherche : ainsi, les monnaies enfouies témoignent souvent d’une période d’insécurité (invasions, guerres) ou d’épargne “de précaution”.

Identité, résistance et intégration : ce que l’on peut lire dans les pierres

Ce qui frappe en parcourant le Morvan et le Nivernais, cartes antiques et pelle en main, c’est la résilience d’une identité locale, qui traverse la romanisation sans jamais disparaître complètement. Plusieurs faits marquants le confirment :

  • Les objets funéraires mêlent motifs “à la celtique” (rouelles, motifs géométriques) et iconographies latines.
  • Les langues : l’épigraphie gallo-romaine dans la région montre des inscriptions bilingues, parfois truffées de termes d’origine gauloise, signe d’une cohabitation linguistique durable.
  • Les implantations rurales perdurent au-delà de la chute de l’Empire, réoccupant souvent les bases des villas et grands domaines, annonçant la structure des “parcelles médiévales” qui façonnent encore nos paysages actuels.

Dans les vieilles fermes ou sous les champs, le gallo-romain a laissé sa marque, souvent intégrée au bâti : une pierre gravée en remploi dans un linteau ou une route qui n’a jamais bougé d’un iota depuis Agrippa. La mémoire des lieux perdure, têtue.

Perspective : pourquoi ces vestiges nous parlent encore

Aujourd’hui, les sites gallo-romains du Nivernais Morvan, souvent peu connus hors des cercles d’initiés, constituent autant de portes d’entrée pour questionner la pluralité culturelle, la circulation des hommes et des idées.

Derrière une ruine ou une mosaïque, il y a la chronologie d’un changement de civilisation, souvent lente, parfois brutale, toujours adaptative. Mieux comprendre ce dialogue ancien – entre Gaulois “localistes” et Romains “universalistes” – c’est aussi interroger le sens même du vivre-ensemble sur un territoire.

Sources : Bibracte.eu, Gallica BNF, Musée de Clamecy, DRAC Bourgogne-Franche-Comté, J. Déchelette, Abbé Baudiau, Carte de Peutinger, Centre Européen Archéologique de Bibracte, "La Bourgogne à l’époque romaine" (ed. Faton), P. Ouzoulias, Inrap.

Les archives

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