Le réseau antique : cartographie d’un Morvan connecté
Quand les Romains arrivent en Gaule, le Morvan ne ressemble pas à une enclave isolée, mais bien à une zone de contact. La région, “terra incognita” pour certains géographes antiques, abrite des peuples organisés en cités et parcourue de chemins gaulois anciens, souvent liés à des échanges locaux ou saisonniers.
Dès le Ier siècle av. J.-C., les ingénieurs romains orchestrent la création de routes empierrées, conçues pour durer, tant par leur technique (cailloutis, dalles, fossés latéraux) que par leur orientation, obéissant à une logique de connectivité régionale et impériale. Selon les travaux de Pierre Nouvel (Université de Bourgogne, CNRS), le Morvan s’articule ainsi autour de plusieurs axes :
- La via Autun-Bibracte, reliant la nouvelle capitale gallo-romaine aux hauteurs du mont Beuvray, cœur politique des Éduens (cf. C. Constantin, “Le Morvan dans l’Antiquité”, Gallia, 1980).
- La voie reliant Nevers (Noviodunum) à Auxerre via le nord-est du massif.
- Des itinéraires transversaux vers Avallon et Bourbon-Lancy, facilitant l’accès aux bassins miniers et saliniers.
La Table de Peutinger, célèbre carte routière de l’Empire (copie médiévale d’un original antique), ne mentionne pas tous les villages du Morvan, mais fait apparaître les grands axes structurant le centre de la Gaule, épine dorsale des échanges matériels et sociaux. De Bibracte à Autun, la voie mesurait près de 27 kilomètres et traversait des cols aujourd’hui encore fréquentés par les randonneurs et les passionnés d’histoire.