Du carrefour oublié aux routes du futur
Si l’on suit la trace du Morvan entre la fondation d’Autun (15 av. J.-C.) et la fin de l’Antiquité, on constate un glissement progressif du centre de gravité vers la plaine et les grands axes. L’abandon de Bibracte au profit d’Augustodunum illustra le triomphe du modèle romain urbain, mais le Morvan conserva son importance de marche frontière, ruche d’activités intermédiaires — charbonniers, forgerons, éleveurs, gardiens de passages. Un archéologue du début du XXe siècle, André Steyert, résumait : "Le Morvan, c’est l’arrière-cour laborieuse d’Autun, tournée vers le monde, mais enracinée dans sa rugosité natale" (Études archéologiques de l’Autunois, 1911).
- L’oubli relatif du Morvan antique au profit des cités basses et des grandes voies commerciales ne doit pas faire oublier son rôle de soutien logistique, de relais technique et d’espace de diversité culturelle.
- Ses paysages gardent la marque, subtile et tenace, de ces siècles d’hybridation : pierres couvertes de mousse, vieux chemins encaissés, légendes et récits qui guident encore la marcheur curieux.
Chercher le sens du Morvan dans la Gaule romaine, c’est comprendre l’épaisseur cachée des confins, là où l’histoire n’est pas seulement faite de conquêtes, mais d’échanges discrets, d’héritages mêlés et de géographies profondes, à la fois seuils, refuges et laboratoires de l’identité.
Pour aller plus loin :
- Site du Musée de Bibracte
- Christian Goudineau, Regards sur la Gaule, éditions Seuil
- Revue Archéologique du Centre de la France
- INRAP, Archéologie dans le Morvan