Vivre à la romaine sur les terres celtes : quotidien et adaptions
Loin d’imposer systématiquement leurs façons d’être, les Romains procèdent par dialogue, imposition sélective et hybridation. La romanisation du Nivernais Morvan se lit autant dans le grincement des outils nouveaux que dans la persistance de gestes anciens.
Des campagnes transformées, mais pas soumises
Les fouilles révèlent la multiplication des villae, ces vastes exploitations agricoles proto-industrielles, où les grandes familles éduennes deviennent propriétaires terriens selon le droit romain — mais souvent en conservant une organisation ancestrale et des pratiques inspirées des Celtes (Galia, revue d’archéologie).
- Structures mixtes : Combinaison de bâtiments à plan romain (atrium, bains) et de greniers surélevés celtiques.
- Production agricole : Introduction de techniques romaines (araire, viticulture) et maintien d’élevage traditionnel.
De la même manière, les artisans mêlent styles et matériaux, tandis que la céramique sigillée (importée de Gaule du Sud ou d’Italie) côtoie de la poterie à décor celte. Les monnaies locales portent à la fois des effigies romaines et des motifs locaux. Romains et Gaulois, loin des stéréotypes, partagent parfois le même foyer, le même atelier, la même taverne.
Religions et croyances : syncrétismes et résistances
Si l’on voit surgir des temples à Mercure ou à Apollon, le panthéon gaulois ne disparaît pas : au contraire, il s’essaye au “métissage”, les dieux sont rebaptisés et associés par “interpretatio” (par exemple, l’ancien dieu celte Lugus fusionne avec Mercure). Certaines sources sacrées, comme au Mont Beuvray ou à Glux-en-Glenne, restent fréquentées, mais habillées d’atours latins (autels votifs, inscriptions en latin).
Ce syncrétisme ne doit pas tromper : il masque une politique d’intégration par le religieux aussi. Les élites locales rivalisent dans la construction de monuments, cherchant ainsi à prouver leur loyauté à Rome tout en gardant des racines bien ancrées.