Bibracte, c’est d’abord un nom qui résonne comme un battement au cœur du Morvan. Capitale du peuple éduen au temps de César, perchée sur le Mont Beuvray, la ville fut un carrefour politique, artisanal et commercial unique. Son importance à la charnière de la conquête romaine et de la romanisation la fait passer à la postérité : c’est ici, d’après César lui-même, qu’il aurait conçu une partie de ses Commentaires et reçu le chef Arverne Vercingétorix après la défaite de Gergovie (La Guerre des Gaules, VII, 55–56).
Un détail peu connu à savourer en balade : certains fragments de sigillée retrouvés ici portent encore, à peine lisible, la marque du potier, témoin silencieux des échanges avec la vallée de la Saône et au-delà.
À une douzaine de kilomètres à l’ouest de Saint-Fargeau, sur la commune de Champvert, se devine le sanctuaire de Compierre, l’un des témoins les plus fascinants du syncrétisme religieux gallo-romain dans le Nivernais (voir le dossier complet sur le site du Tourisme Nièvre).
À la frontière nord du département, Entrains-sur-Nohain, ancienne Intaranum, occupe une place à part dans l’archéologie régionale (cf. le remarquable travail de synthèse de B. Remy et C. Gaillard). Sa situation, en bordure de la voie romaine reliant Boulogne-sur-Mer à Lyon (la fameuse Agrippa), lui assurait, dès les années 20 av. J.-C., une vitalité économique et culturelle enviée.
Une anecdote locale rapporte que, lors de travaux agricoles dans les années 1960, un soc de charrue a mis au jour un trésor de monnaies du IIIe siècle, attestant de la persistance d’activités et de troubles pendant la « crise » de l’Empire.
Certains visiteurs s’étonnent du tracé parfaitement rectiligne de quelques segments de route ou de la régularité des anciens chemins dans les forêts nivernaises. Beaucoup suivent le dessin oublié de la voirie romaine, dont de nombreux tronçons, parfois intégrés à la voirie parcellaire, subsistent en Morvan et alentour (M. Mangin, 1969).
| Voie principale | Sites remarquables traversés | Fonction |
|---|---|---|
| Boulogne-sur-Mer → Lyon (via Entrains) | Entrains, Dampierre, Poiseux | Commerce, administration, armée |
| Bibracte → Autun (Augustodunum) | Mont Beuvray, Arleuf, Quarré-les-Tombes | Religion, politique |
| Nevers → Clermont-Ferrand | Nevers, Saint-Saulge, La Machine | Communications sud-nord |
À noter, pour l’amateur curieux, que certains segments sont encore jalonnés de « pavés rouges », matériaux caractéristiques issus des terriers morvandiaux.
La romanisation du Morvan et du Nivernais ne s’est pas limitée aux grandes villes et sanctuaires. En témoignent les nombreuses exploitations rurales (villae) et tombes monumentales dispersées dans la région. Si elles sont moins spectaculaires, elles fournissent de précieux indices sur la vie quotidienne à l’époque gallo-romaine.
Les sites ruraux demeurent souvent invisibles à l’œil non averti, camouflés sous les cultures ou les bois. La carte IGN 1:25 000 ou le relevé Lidar permettent toutefois, pour l’esprit curieux, de repérer talus, fossés et anomalies topographiques signalant une présence deux fois millénaire.
La richesse des sites gallo-romains du Nivernais Morvan réside aussi dans les objets exhumés, qui disent peut-être mieux que les ruines la vie, les croyances ou les échanges de leurs habitants.
Loin d’être des sites figés, les vestiges gallo-romains du Morvan Nivernais vivent encore dans la mémoire locale, la toponymie, le folklore et jusque dans les méthodes agricoles. Le rituel du « tour du crucifix » à la Saint-Jean, les processions ou les quêtes d’eau consacrée puisent parfois, à travers les siècles, leur origine dans d’antiques sanctuaires.
Au-delà de la connaissance archéologique, le voyage vers ces lieux invite à se laisser porter : ici, le sentier se fait archive, le ruisseau guide, le bosquet dissimule peut-être un fragment de déesse-mère ou une pièce oubliée depuis un banquet sous la tonnelle. Comme l’écrit l’historien Paul-Marie Duval à propos de ces campagnes traversées par les romains : « Il n’est pas d’arbre qui ne soit plus ancien que nous, ni de pierre où ne somnole une part de notre passé » (Les Dieux de la Gaule, 1976).
Sur les sentiers du Morvan et du Nivernais, marcher, c’est parfois remonter le fil invisible d’un monde gallo-romain qui affleure, encore, sous la mousse, les herbes et les récits.
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