Qu’a-t-on réellement trouvé à Compierre ? Bilan archéologique
La mansio : auberge de l’Empire
L’élément le plus spectaculaire du site reste la vaste mansio avec sa cour centrale, ses ailes, ses annexes et sa grande fontaine : une auberge officielle dimensionnée pour accueillir plusieurs dizaines de personnes et des relais pour chevaux.
- Deux ailes d’habitations dotées de pavements en opus signinum, un mortier typiquement romain, qui attestent d’un certain confort.
- Des cuisines et celliers, des vestiaires et chaussées dallées (découverts lors des fouilles menées en 1976 et 1982).
- Le réseau hydraulique, admirablement préservé, qui alimentait un grand bassin polygonal.
Tout ici évoque un espace organisé, à la fois utilitaire, social et peut-être même administratif, puisque la mansio dépendait directement de l’État romain. Certains vestiges suggèrent la présence de scellae (latrines de type romain), denrée rare dans nos campagnes antiques, révélant le degré d’équipement de ce relai.
Sanctuaire et thermes : sacré et santé
À moins d'une centaine de mètres, les fouilles ont aussi exhumé les vestiges d’un probable sanctuaire gallo-romain et de bâtiments de style balnéaire, témoignant de l’importance des cultes, de l’eau et du bien-être dans la vie quotidienne.
- Des fragments d’autels, d’ex-voto et quelques inscriptions latines (parfois fragmentaires, mais attestant un culte local à de petites divinités ou santos indigenae).
- Des tubulures de terra cotta typiques des circuits thermaux, évocateurs d’une miniaturisation des plus grands thermes urbains.
- La proximité du bassin naturel confirme le lien avec la culture thermale antique.
L’ensemble bâtit le portrait d’un centre de services à la fois pratique, spirituel et thermal, bien loin de l’image stéréotypée de la « bourgade forestière » isolée.
Traces d'habitats et de vie quotidienne
Mais Compierre ne se résume pas à ses grandes architectures. Le moindre coup de truelle a fait surgir une infinité d’objets :
- Monnaies romaines du Ier au Ve siècle, dont certaines venues de l’atelier d’Arles ou de Lyon, illustrant l’insertion économique dans le monde gallo-romain.
- Fragments de céramiques “sigillée” de Gaule du Sud et de poteries du cru ; lampes à huile, clous, fibules, outils de forge, amulettes animales en bronze.
- Débris alimentaires (os de boeuf, mouton, volaille ; graines carbonisées de céréales, pépins de raisin), qui indiquent une alimentation variée, ouverte aux influences méditerranéennes.
L’inventaire de Compierre s’apparente à celui d’une petite ville : artisans du métal, marchands, agriculteurs, lettrés et dévots y ont laissé chacun une empreinte très concrète.