Un paysage façonné par le travail : carte ancienne et modernité rurale
Le promeneur qui longe les chemins de traverse à quelques kilomètres de Corbigny, au nord du Morvan, bute souvent sur des noms de hameaux qui sonnent comme des énigmes anciennes : La Tuilerie, Les Forges, L’Atelier, ou encore Le Moulin Neuf. À première vue, l’ensemble semble relever d’un hasard, ou d’un vague pittoresque. Pourtant, chaque nom s’inscrit dans une histoire très concrète, celle de la vie quotidienne et du travail dans le Nivernais d’autrefois.
Les cartes de Cassini du XVIIIe siècle mettent déjà en évidence ce semis de micro-toponymes caractérisé par une incroyable diversité de suffixes liés à des métiers ou à des ateliers ruraux (Géoportail). Au début du XIXe siècle, la carte d’état-major éditée par le dépôt de la Guerre consigne près d’une vingtaine de lieux-dits mentionnant explicitement une activité : les Tanneries, les Ferrières, la Briqueterie... Ces noms ne sont pas figés dans un passé fossilisé ; ils habitent encore les paysages et la mémoire, bien qu’ils aient parfois perdu leur fonction initiale.