Aux origines : forêts médiévales, usages et premiers règlements
La forêt, autour de Château-Chinon, n’a jamais été simple décor. Au cœur du Morvan, elle s’entremêle depuis des siècles avec la vie des communes, modelant les paysages et conditionnant rythmes et habitudes.
Au Moyen Âge, ces bois n’étaient ni aussi étendus ni si uniformes qu’aujourd’hui. Les “forêts” désignaient autant des massifs, des bosquets épars que des landes ponctuées d’arbres. Le document le plus ancien mentionnant la forêt du côté de Château-Chinon remonte au XIII siècle : les cartulaires de la région évoquent alors les “bois de la Terre de Chinon”, propriétés tantôt ecclésiastiques (Abbaye de la Pierre-qui-Vire, prieuré de Saint-Hilaire-en-Morvan), tantôt seigneuriales (Famille des Châtillons).
La gestion médiévale tenait de l’équilibre précaire. On pratiquait le modèle de la forêt vivrière :
- La vaine pâture : le droit de mener bêtes et troupeaux pour y glaner nourriture ou glands (enseignement précieux pour l’élevage porcin local).
- L’essartage : abattage temporaire pour la création de champs ou de pâturages, suivie souvent d’une rapide reconquête par la forêt.
- Le cens et le ban : ces droits réglant l’usage, pour éviter le “déboisement sauvage” qui menaçait d’éroder les terres agricoles - souci déjà exprimé dans un acte de 1315 (Archives Départementales de la Nièvre, AD 58, série H).
La forêt, en ce temps, reste donc polyfonctionnelle, sociale et économique : bois de chauffe, matériaux de construction, source de charbon de bois pour les forges du Bazois, et territoire de chasse seigneuriale. Cette mosaïque d’usages trace un premier modèle de gestion, à forte dimension communautaire, qui persistera jusqu’à la Révolution.