Clamecy, l’Yonne et la mémoire gallo-romaine : vestiges, énigmes et héritages sur nos terres

Autour de Clamecy et dans le bassin de l’Yonne, le souvenir de la civilisation gallo-romaine persiste à travers plusieurs témoins matériels et indices archéologiques remarquables. On y retrouve :
  • Des restes de villas antiques et de thermes révélant la vie quotidienne et les activités des occupants gallo-romains.
  • L’emplacement de voies romaines, dont certains tracés structurent encore le paysage rural et la toponymie des villages.
  • Des objets retrouvés lors de fouilles ou de labours : monnaies, poteries, outils et offrandes rituelles.
  • Des lieux sacrés disparus ou semi-enfouis, mêlant traditions celtiques et influences romaines.
  • L’apport de sources historiques, de cartes anciennes et de témoignages locaux qui permettent de relier l’actuel au passé et de nourrir la mémoire collective.
Cette présence gallo-romaine, parfois discrète, tisse un fil entre la grande Histoire et les terres du Nivernais-Morvan, suscitant curiosité, études et récits passionnés.

Aux sources gallo-romaines du bassin de l’Yonne

Le territoire entourant Clamecy occupe une place de choix entre le vaste plateau bourguignon et la vallée de l’Yonne, à la croisée des chemins antiques qui menaient de Lutèce (Paris) à Augustodunum (Autun). Dès l’époque gauloise, cette région était densément occupée par les Éduens, peuple puissant et allié de Rome après la conquête de César (source : Jules César, La Guerre des Gaules). Si la ville de Clamecy n’apparaît réellement qu’au Moyen Âge, la vallée de l’Yonne, ses coteaux et ses routes, sont façonnés bien plus tôt déjà sous l’influence gallo-romaine.

Le fil conducteur de cette romanisation ? Les axes de communication, véritable ossature de la région. Deux voies principales traversaient l’actuel bassin de Clamecy :

  • la voie d’Auxerre à Autun, qui longeait l’Yonne, puis se perdait vers Corbigny et le Morvan ;
  • un axe secondaire passant par la vallée de la Cure, exploitant les ressources naturelles du territoire.

La carte de Cassini, relevée au XVIIIe siècle mais appuyée sur des données plus anciennes, fait encore mention d’« anciens pavés » entre Asnois et Billy-sur-Oisy. Aujourd’hui, ces tronçons ressurgissent parfois sous le labour, révélant un dallage caractéristique ou le tracé d’une chaussée bordée de fossés anciens (source : Service régional de l’archéologie, DRAC Bourgogne-Franche-Comté).

Villas gallo-romaines : maisons, domaines et agriculture en Nivernais

Parmi les découvertes majeures de la région, la villa gallo-romaine occupe une place à part : elle illustre la fusion entre la tradition gauloise du grand domaine rural et les inventions latines en matière de gestion agricole et de confort.

La villa de Surgy : un puzzle archéologique

Surgy, village seulement à quelques kilomètres au sud de Clamecy, fut le théâtre de nombreuses trouvailles à partir du milieu du XIXe siècle. Sous une terre tourmentée par les crues de l’Yonne, des restes de murailles, de caves voûtées et de tuiles à rebord (tegulae) ont été mis au jour (source : Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, 1878).

  • Mosaïques : Plusieurs fragments colorés évoquent le raffinement des propriétaires et la maîtrise des artisans locaux.
  • Bassins et hypocaustes : La découverte de canalisations et de foyers laisse penser à la présence de véritables thermes privés, où l’eau chauffée circulait sous les sols.
  • Mobilier domestique : Outre les amphores, on relève des pièces de vaisselle sigillée, des lampes, parfois des restes de fresques.

La villa de Surgy n’était pas seule : les inventaires archéologiques — souvent issus des notices du XIXe et de la documentation de la DRAC — signalent des vestiges analogues à Brèves, Billy-sur-Oisy, et dans les terres proches de Varzy. On relève à chaque fois l’adaptation des structures au relief : sous-sols semi-enterrés pour l’isolation, bassins captant l’eau des sources, orientation pour profiter du soleil du sud, etc.

Objets retrouvés et usages quotidiens : redécouvrir ces gestes d’autrefois

La visée de l’archéologie locale n’est pas de créer des vitrines figées, mais de comprendre comment vivaient les habitants. Quoi de plus parlant que ces objets épars, qui ressurgissent à la faveur d’un chantier agricole ou d’un coup de bêche ?

  • Monnaies : Les sols de bronze à l’effigie d’Auguste ou de Claude ont été retrouvés en nombre dans les terres entre Clamecy et Entrains-sur-Nohain, témoignant du dynamisme économique de la région et des échanges soutenus (source : Trésors Monétaires, CNRS).
  • Fibules et parures : Petites broches de bronze ou d’argent, elles racontent l’attachement aux traditions gauloises — l’art de la parure résistant à la mode romaine. Certaines, de facture très fine, proviennent d’ateliers locaux.
  • Outils agricoles : Faucilles, socs de charrue, et parfois outils d’irrigation, qui montrent la continuité et l’adaptation de pratiques rurales sur cinq siècles.
  • Céramiques et amphores : La céramique sigillée, parfois marquée de l’estampille de l’atelier, atteste la circulation des produits du sud-ouest de la Gaule. Les amphores vinaires, plus rares, indiquent une consommation régionale mais aussi l’importation de certains produits.

On rapporte aussi, plus rarement, la découverte de lingots de plomb et d’étain. Ces métaux, extraits dans les contreforts du Morvan, étaient commercialisés sur de longues distances, documentant les circuits économiques gallo-romains (cf. Depot de lingots trouvés à Alligny-en-Morvan, Revue archéologique, 1902).

Lieux sacrés, cultes domestiques et magie villageoise

La religion gallo-romaine ne s’exprimait pas que par les temples monumentaux des villes. Dans la campagne nivernaise, elle habitait les sources, les abris sous roche et certains carrefours — autant de petits sanctuaires hybrides mêlant divinités celtiques et figures du panthéon romain (cf. Anne-Marie Cocula, Les cultes des sources en Gaule).

  • Une borne « Jupiter à l’anguipède » fut signalée à Brèves au début du XXe siècle — statue probablement christianisée par la suite puis remployée dans une chapelle du village (source : Société Nivernaise, 1910).
  • À Asnois, on a retrouvé des ex-voto façonnés dans la pierre, liés aux eaux guérisseuses de la région. Le Morvan, célèbre pour son hydrographie, concentrait des sites sacrés dont il subsiste parfois la mémoire, accrochée aux anecdotes locales (« La fontaine des Fées » dans le bois des Chanoines, par exemple).
  • Des caches d’objets votifs — petits marteaux en bronze, fragments d’ustensiles offerts en hommage à Mercury ou Silvanus, divinités des forêts et des routes.

On notera que peu d’édifices religieux majeurs n’a survécu à la christianisation : c’est la mémoire populaire, transmise par la toponymie ou la tradition orale, qui fait le lien entre monde celto-romain et modernité villageoise.

Évolution des villages, héritages visibles et invisibles

Le maillage actuel du territoire n’est pas sans rapport avec les structures antiques. Nombre de hameaux du bassin de l’Yonne reprennent le dessin des anciens domaines agricoles ou s’implantent le long des antiques axes gallo-romains — fait particulièrement net à Varzy, où l’axe gallo-romain structure encore la ville médiévale naissante.

La mémoire matérielle s’inscrit aussi dans les matériaux réemployés : certaines pierres taillées du chevet des églises de Brèves ou de Surgy proviennent des villas antiques, reconnaissables à la régularité de leur épannelage ou à la présence de traces d’outils inconnus au Moyen Âge.

  • À Surgy, la « Pierre qui tourne » — bloc mégalithique sculpté — aurait été annexée à un petit oratoire puis à une fontaine dédiée à saint Martin, syncrétisme typique des campagnes du Nivernais.
  • Plusieurs granges, maisons ou caves du centre-bourg de Clamecy intègrent dans leurs fondations d’antiques moellons gallo-romains, parfois gravés de symboles incompris.

Des fouilles aux micro-récits : archéologie participative et mémoire collective

Ce qui frappe, dans ce secteur, c’est la main tendue entre l’érudition scientifique et le souvenir populaire. Les plus belles avancées archéologiques ne viennent pas toujours des campagnes officielles, mais de la patience des agriculteurs, des chasseurs de champignons ou des promeneurs qui, d’un mot ou d’une trouvaille déposée au village, relancent la quête.

  • À Billy-sur-Oisy, une série de pièces romaines fut longtemps exposée dans la salle de la mairie, collectées par des générations de cultivateurs.
  • L’association des Amis du Vieux Clamecy organise des journées de cartographie participative : habitants, écoliers, chercheurs relèvent, avec une minutie toute locale, les indices topographiques, traces de murs anciens, fossés et abris.

Ce tissage, entre pioches anonymes et archéologie savante, fait la richesse discrète du patrimoine gallo-romain local. Il rappelle une chose essentielle : que les vestiges sont d’abord le prétexte à la rencontre, la clé d’un récit partagé entre passé et présent.

Terre de mémoire, terres de passage

Clamecy et l’Yonne ne donnent pas à voir des arènes géantes ou des temples à colonnades. Mais sur ces terres de passage, la romanité vibre encore, humble et fidèle, à travers les chemins, les pierres et la mémoire transmise. Les vestiges du passé, qu’ils emergent des champs ou dorment à la surface des villages, rappellent qu’ici, chaque pas dialogue avec deux mille ans d’histoire.

Pour aller plus loin : quantité de publications illustrées, d’études cartographiques et de collections locales demeurent accessibles à la médiathèque de Clamecy ou auprès de la DRAC, et de nombreux inventaires — dressés patiemment par archéologues comme Pierre Nouvel ou Anne Colin — donnent à lire, entre les lignes, toute l’épaisseur humaine de ce patrimoine en mouvement.

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