Des suffixes latins au Nivernais : l’indice des villae et des domaines antiques
Le témoignage le plus clair du passage romain dans la région demeure l’abondance de toponymes formés avec des suffixes d’origine latine. Le plus fréquent en Nivernais (comme ailleurs en Bourgogne) reste le -acum, dérivé du gaulois -acon et latinisé, utilisé pour désigner un domaine appartenant à un particulier.
- Garchizy < Gariciacum : « le domaine de Garicius » (du nom du propriétaire, Garicius + -acum)
- Rix < Riccius + -acum : « domaine de Riccius »
- Coulanges < Coloniacum : « territoire des colons »
- Imphy < Imfiniacum (attesté Imfiniaco en 927)
- Arcy < Arciacum
Ces terminaisons, inégales selon la micro-région, s’effacent ou se transforment au fil des siècles, mais restent des balises sûres de l’habitat antique. On estime à plus de 3000 le nombre de toponymes français issus de l’antique -acum, dont plusieurs dizaines dans la Nièvre (R. Nègre, Toponymie générale de la France, 1990).
Anecdote sur le terrain :
Dans la vallée de la Nièvre, une promenade matinale sur le chemin reliant Garchizy à Marzy fait longer des « champs des vignes » et des « clairs palus », deux noms qui évoquent à la fois une histoire agricole ancienne et les modalités du découpage foncier gallo-romain. Un archéologue rencontré sur le site de La Chapelle-Montlinard confiait : « La toponymie, ici, c’est le premier indice avant même de fouiller. Quand on voit un -ac, on sait qu’il y a ou qu’il y a eu villa antique ».