Naissance d’un phare religieux : l’abbaye dans le contexte du haut Moyen Âge
Première surprise, l’abbaye n’a pas vu le jour au hasard d’un don anodin. Sa création à la charnière du Xe et du XIe siècle, selon les chroniques, répond à la montée de la féodalité et au besoin de fixer, entre Loire et Cure, des axes stables de pouvoir. Un acte fondateur de 972, conservé aux Archives départementales, rappelle que l’évêque d’Autun céda les reliques de saint Léonard à Corbigny, qui devint ainsi une étape des pèlerinages bourguignons (Gallica BNF).
Le monastère accueille autour de lui une première communauté sous la règle bénédictine. La présence d’un scriptorium est attestée dès le XIe siècle, et une bulle pontificale d’Innocent II, en 1139, confirme l’autonomie de l’abbaye face aux seigneurs locaux, mais aussi sa dépendance, en dernier ressort, du pouvoir abbatial clunisien, ce qui lui assure réseaux d’influence, protection et légitimité (Revue archéologique de l'Est).
La réception du culte de saint Léonard s’avère un facteur déterminant, qui ancre Corbigny comme centre de rassemblements spirituels réguliers et moteurs de micro-économie locale : foires, marché aux bestiaux, hospitalité pour les pèlerins (cf. témoignage de Jacob de Rozoy, voyageur flamand du XIVe siècle).