Un foyer culturel, artistique et spirituel
Innovation romane et rayonnement spirituel
Le prieuré transmet au sud du Nivernais le souffle de l’art roman clunisien : on retrouve la grammaire architecturale de Cluny (voûtes, chapiteaux historiés, chevet à déambulatoire) dans la nef gigantesque de La Charité, qui rivalise alors avec Saint-Benoît-sur-Loire et Tournus. Sa façade monumentale inspire, dès la fin du XIe, les églises de La Celle (Cléry), Varzy ou même Nevers. Viollet-Le-Duc, au XIXe siècle, parle d’un « laboratoire artistique où s’essaye une architecture ample, tournée vers la lumière » (cit. dans Dictionnaire raisonné de l’architecture française).
Mais le rayonnement n’est pas que de pierre : le scriptorium du prieuré diffuse des textes liturgiques et scientifiques jusque dans les villages de l’Avallonnais. Les prieurs recrutent des lettrés réputés ; certains, tels que le moine Gaultier, originaire de Chasnay, composeront ici les tout premiers sermons écrits en vernaculaire (cité par Michel Balard, Le Pays Charitois au Moyen Âge).
Une médiation sociale et religieuse : le rôle du prieur
Le prieuré impose la paix de Dieu, pacifiant les conflits villageois par des arbitrages, promouvant des institutions solidaires (aumôneries, hôpitaux) et assurant la protection des plus pauvres. À plusieurs reprises, la population de La Charité se réfugie dans l’enceinte du prieuré lors des crues de la Loire ou des raids féodaux, dont la chronique de 1145 rapporte un épisode fameux où le prieur sauve plus de 300 villageois assiégés (source : Annales de l’Abbaye, t.I).