L’église, cœur de village et témoin des mutations sociales
Les églises rurales romanes n’étaient pas seulement des lieux de culte, mais aussi des centres communautaires. On y discutait des charges seigneuriales, des droits sur la forêt, des drames ou jubilations du village. L’architecture du chœur, l’acoustique des voûtes favorisaient la transmission orale ; des graffiti et marques lapidaires, visibles à Frétoy ou à Neuvy-sur-Loire, témoignent d’une appropriation collective : croix gravées, initiales, signes énigmatiques.
Par leurs matériaux, leur plan, mais aussi par la régularité de leurs restaurations, ces églises épousent parfaitement la durée du Morvan : certaines parties s’effondrent sous le poids des siècles, d’autres sont reprises à la Révolution ou au XIXe siècle (ajouts de sacristie, beffrois carillonnés, réparations de la voûte). Mais souvent l’essentiel subsiste. Un précieux inventaire réalisé par Paul Desroches au début du XXe siècle (« Les églises rurales du Morvan », Revue du Nivernais, 1927) mentionne que « plus d’un tiers des sanctuaires conserve son abside et sa nef originelles à plus de 80 % ».